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N° 236

N° 236 – Octobre 2008 – Bulletin pyrénéen n° 478


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Le Gra de Fajol dans le cirque d’Ull de Ter (2708m). Au premier plan, les ruines de l’ancien chalet.
(Photo Joseph Ribas).
Il y a 40 ans, la haute route pyrénéenne Casteret et les sources de la Garonne (dernier épisode)

Ce nouveau numéro de Pyrénées, disponible depuis le début octobre, présente en couverture une photo de Joseph Ribas, l’un des « inventeurs » de la Haute Route Pyrénéenne. Il s’agit d’un paysage photographié sur cet itinéraire de légende puisque ce document montre le Gra de Fajol, dans le cirque d’Ull de Ter (2708 m).
Au dos de ce numéro, une aquarelle du Vignemale réalisée sur la Haute Route Pyrénéenne par Geert van Keulen, randonneur australien, venu sur cet itinéraire régler des comptes avec lui-même...

 Sommaire

338 - Éditorial par Pierre-Marie Cortella
341 - 40 ans de Haute Randonnée Pyrénéenne - les Pyrénées à pas de géant par Joseph Ribas
349 - Un « aborigène » dans les Pyrénées par Joseph Ribas
363 - L’âpre et poétique parcours de Norbert Casteret vers les sources de la Garonne, 4e et dernière partie. Année 1931-1954 par Norbert Casteret
383 - La spéléologie, une histoire de famille chez les Casteret par Gilberte Casteret
395 - Histoires naturelles par Michel Bartoli
401 - Sainte-Quitterie, patronne de la Gascogne, honorée en Aragon par Louis Laborde-Balen
415 - Les évadés de france par les Pyrénées, 1940-1945 par Gérard de Clarens
423 - Bibliographie pyrénéenne : Miscellanées par Claude Dendaletche
430 - Nos auteurs par Gérard Raynaud
433 - Chroniques par Gérard Raynaud

 Éditorial

par Pierre-Marie CORTELLA

Les inventeurs

Chacun peut bien penser ce qu’il veut de l’année 1968, copieusement commémorée dans nos médias hexagonaux. Et si, pour aller au-delà du mois de mai – car, après tout, nous étions encore loin du terme – nous regardions de plus près ce qui se passa cet été-là…

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Georges Véron au Perdiguère à l’époque où il soulevait des montagnes.
(Photo H.R.P.)

L’événement, dans les Pyrénées, ce fut, sans conteste, l’invention de la plus belle des randonnées, celle qui allait relier d’une seule traite et au long cours la Méditerranée à l’Atlantique tout en restant dans les altitudes de nos montagnes. Cet anniversaire en vaut bien d’autres et c’est le choix que nous avons fait en demandant à l’un des grands auteurs de la revue de nous rafraîchir la mémoire. Joseph Ribas était le mieux placé pour évoquer cette aventure qui fait encore rêver bien des pyrénéistes. Car le qualificatif d’« inventeur » lui va comme un gant. C’est lui – et Georges Véron dans ses Souvenirs d’un pyrénéiste, paru récemment, insiste sur ce point – qui a remis au goût du jour l’idée de la haute traversée. Certes, il y avait eu de grands ancêtres et Jean Bepmale, avocat, homme politique, pyrénéiste et Pyrénéen, homme du pays d’Ariège, fut un précurseur au début du XXe siècle. Il fut sans doute le premier à réaliser cette traversée dans sa totalité, de Banyuls à Saint-Jean-de-Luz en trente jours, mais en passant la plupart du temps par le versant espagnol. « La longueur des étapes qui varient de 8 à 11 heures, témoignent que Bepmale était un rude marcheur », note en connaisseur Michel Record dans sa « petite histoire des grandes traversées » parue en guise de préface aux souvenirs de Georges Véron.

« Dès 1960, m’indiquait Joseph Ribas dans une récente correspondance, j’ai pensé à ce projet car je venais de découvrir le nom de Jean Bepmale et sa traversée de 1905. Je n’eus de cesse alors que d’essayer d’adapter aux conditions des années soixante l’exploit du début du siècle. J’avais beaucoup travaillé sur le terrain (reconnaissance d’étapes), dans la presse (René Mauriès le rédacteur en chef de La Dépêche du Midi m’avait donné carte blanche). Depuis le mémorable Font-Romeu-La Preste (50 km de haute montagne couverts dans la journée en 13 heures de marche) effectué par Véron et moi-même, l’été 1964, le préambule était écrit pour la première traversée de 1968 ».

Si je cite ici Joseph Ribas et mets en avant son action déterminante dans la création de cet itinéraire, c’est parce que, par modestie, il omet de le faire lui-même quand il nous raconte l’histoire. Sans doute ne participa-t-il pas à la toute première expédition, du 8 juillet au 14 août 1968, avec Véron et ses compagnons, mais le casting, les repérages, le découpage et le montage étaient bien signés de lui. Les acteurs sont importants, mais le rôle du réalisateur, celui qui reste dans l’ombre, l’est tout autant sinon plus.

Ceux qui, aujourd’hui, parcourent la Haute Route, chemin mythique des Pyrénées, heureusement moins fréquenté que Compostelle car nettement plus exigeant, empruntent des sentiers de grande randonnée et des passages plus délicats, mettent sans trop y penser leurs pas dans ceux des inventeurs quelque peu oubliés, ceux-là même à qui l’on doit guides et topos qui font désormais partie du patrimoine montagnard. Ainsi va le monde et l’histoire des hommes. Il reste, pour tous ceux qui rêvent de la Haute Route, cette conception partagée de la montagne. Comment ne pas souscrire à ce propos très simple qui dit avec justesse et précision l’esprit même de la HRP : « La montagne a aussi ses sages, ceux qui l’aiment avec mesure et qui trouvent leur joie profonde dans le rythme accordé de leur sang et du paysage » . C’est du Ribas. Et pour éclairer le tableau, un homme, un contemporain, australien même, apparaît dans le décor. Il est venu d’Adélaïde sur cet itinéraire, solitaire, avec ses pinceaux, sa boîte de couleurs, ses vieilles chaussures et son mal de vivre après un drame personnel. Et de ce voyage en lui-même et sur les crêtes, il est reparti transformé. Geert van Keulen nous dit : « Je me suis fait nomade pour retrouver ma vie ».

***

Ce nouveau numéro de Pyrénées, le dernier de l’année 2008, met un terme à notre série consacrée aux carnets inédits de Norbert Casteret. Deux nouveaux éléments viennent compléter cet ensemble qui restera, pour tous nos lecteurs qui s’intéressent à l’histoire et à l’aventure spéléologique, un document précieux. Nous présentons d’abord le fac-similé d’un manuscrit retrouvé adressé par Norbert Casteret à l’un de ses amis. Et c’est enfin Gilberte Casteret, l’une des filles de l’« inventeur » des sources de la Garonne qui évoque la figure de ce père hors du commun qui a su faire partager ses enthousiasmes d’explorateur à toute sa famille.

Notre souci permanent, à Pyrénées, reste celui de la diffusion de la revue. C’est grâce à nos fidèles lecteurs que nous pourrons l’améliorer. Faites connaître Pyrénées à vos amis à l’occasion des fêtes de fin d’année. Les quatre numéros de l’année 2008, soit la totalité du document Casteret, sont encore disponibles, voilà une belle idée de cadeau.

 Présentation des articles

 
40 ANS DE HAUTE RANDONNÉE PYRÉNÉENNE : LES PYRÉNÉES À PAS DE GÉANT, par Joseph Ribas

Le printemps de l’année 1968 fut très chaud, on le sait. Mais pour Joseph Ribas et Georges Véron, tout avait commencé bien avant le mois de mai dans une salle d’attente de la gare de Bordeaux où les deux complices avaient déplié une carte des Pyrénées pour commencer à faire exister leur rêve. Un rêve qui d’ailleurs faillit bien sombrer dans les turbulences sociales de ce mai historique.

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13 août 1968. Première traversée Est-Ouest des Pyrénées.
Major, Resplendy, Neau et Véron à l’altitude 0 sur la plage d’Hendaye.
(Photo H.R.P.)

Joseph Ribas raconte les préparatifs, la constitution de l’équipe, brosse au passage quelques portraits dont celui de Charles Etchepare, le doyen de l’aventure, surnommé « Panzer » par Georges Lussac, Claude Major et Jean-Pierre Neau, les trois étudiants retenus par Véron, le capitaine de route, pour inscrire aussi leurs noms dans le « cinq majeur » de ce premier raid. Joseph Ribas, qui avait tout préparé et imaginé, n’en faisait pas partie et pourtant il a toute sa part dans le succès qui couronna, en cet été 1968, le long effort de l’équipe.

Était-ce une première de relier en 38 étapes la plage de Banyuls à celle d’Hendaye ? Sur cet itinéraire et par la haute route, personne n’en doute. Mais Ribas, dans son récit, n’omet pas de souligner les exploits antérieurs de Frédéric Parrot, un homme de sciences allemand qui, entre le 5 septembre et le 27 octobre 1817, avait relié Saint-Jean-de-Luz à Canet-Plage, celui de Fernand Grisel qui réalisa en 1936 une traversée solitaire des Pyrénées, et bien évidemment celui du Pyrénéiste Jean Bepmale en 1906.

Nous restent aujourd’hui les treize éditions du topo-guide « Haute Randonnée Pyrénéenne » l’ouvrage majeur de Véron qui avait ainsi commenté cette aventure : « Peu importe que je sois le premier à l’avoir accomplie. L’essentiel est de ne pas être le dernier »… Bien vu ! Depuis 1968, des milliers de pyrénéistes ont suivi sa trace.

UN « ABORIGÈNE » DANS LES PYRÉNÉES, par Joseph Ribas

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Couverture P. 4 : "Le Vignemale",
aquarelle réalisée sur la Haute Route Pyrénéenne par Geert van Keulen.

Il n’y avait pas de meilleure illustration pour évoquer l’actualité de la Haute Randonnée que de mettre en lumière le carnet de Geert van Keulen. Ce Hollandais qui vit en Australie s’est lancé sur cet itinéraire pendant l’été 2003, et en solitaire. « Je me suis fait nomade pour retrouver ma vie » a-t-il confié à Joseph Ribas qui a recueilli son récit et les aquarelles qu’il a peintes tout au long du parcours. Des circonstances dramatiques l’ont conduit jusque sur nos montagnes, en quête de lui-même, de solitude et d’aventure intérieure, comme une retraite en altitude. La leçon est belle.

L’ÂPRE ET POÉTIQUE PARCOURS DE NORBERT CASTERET VERS LES SOURCES DE LA GARONNE

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19 juillet 1931 au Plan des Aigualluts,
les six barils de fluorescéine.
(Photo El)

Quatrième et dernière partie des carnets originaux et inédits du grand spéléologue cherchant à identifier avec certitude les sources de la Garonne au Trou du Toro. Cette fois, après de nombreuses expéditions dans lesquelles toute la famille Casteret était très impliquée, l’explorateur allait arriver à ses fins. Le 19 juillet 1931, il monta au Port de Vénasque et jusqu’au Trou du Toro avec 60 kg de fluorescéine qui furent déversés dans le gouffre. Le lendemain, Norbert Casteret raconte qu’il va faire une première visite aux Goueils de Jouéou pour vérifier que la fluorescéine est bien passée et que peut être ainsi démontrée la communication du Trou du Toro avec la résurgence des Goueils. « Je traverse le rio Pouméro, je m’engage en forêt et, subitement, à travers les frondaisons, j’aperçois une portion de la cataracte violemment colorée en vert intense. Aucun mot pour rendre la « joie scientifique » qui rayonne en moi. La victoire après trois ans de lutte ! ».

Dans ce même carnet, 33 ans, plus tard, en juillet 1954, Norbert Casteret revient au Port de Vénasque, à la Rencluse , au gouffre de Turmón. La cause est entendue.

UN MANUSCRIT DE NORBERT CASTERET

Comme un reporter de ses propres aventures, Norbert Casteret a écrit un texte très distancié sur ses explorations au Trou du Toro. Ce texte manuscrit confié à son ami et condisciple Pierre de Gorsse nous été communiqué par Bertrand de Gorsse, son fils. Rare et précieux document que nous avons plaisir à reproduire pour compléter les carnets.

LA SPÉLÉOLOGIE, UNE HISTOIRE DE FAMILLE CHEZ LES CASTERET, par Gilberte Casteret

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Esther, Norbert et Élisabeth Casteret.
(Collection Maud Martin-Casteret).

Jean Ritter a obtenu de Gilberte Casteret, troisième enfant de Norbert et d’Elisabeth Casteret, le texte d’une causerie qu’elle avait faite en juillet 1987 sur son père et les aventures familiales qu’il avait suscitées. Ces pages pleines de naturel et de délicatesse proposent un autre éclairage sur cette saga familiale peu banale, ponctuée de notations émouvantes et de photos rares.

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L’Orchis pâle, en floraison au mois de mai. (Photo Michel Bartoli).

HISTOIRES NATURELLES, par Michel Bartoli

J’ai des habitudes forestières, entre étage montagnard et étage subalpin » indique en préambule de ses histoires naturelles Michel Bartoli. Il démontre par le texte et par l’image comment la nature change sous nos yeux. La renaissance d’une forêt dans le vallon de Pouey-Trenous a de quoi nous étonner.

SAINTE QUITTERIE, PATRONNE DE LA GASCOGNE, HONORÉE EN ARAGON, par Louis Laborde-Balen

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Statuette de la Sainte avec la palme du martyre, sur le rétable de Doumy. (Photo L. Laborde-Balen).

Quitterie est peut-être un prénom assez peu porté aujourd’hui, il reste que Sainte Quitterie demeure et pour toujours, sauf vote contraire, la patronne de la Gascogne, décapitée à Aire-sur-l’Adour en l’an 478. Louis Laborde-Balen nous raconte son histoire exemplaire et nous entraîne sur un itinéraire touristique, culturel, sensible et religieux, à travers les lieux où son nom est honoré : chapelle de Doumy, église gothique et romane Sainte-Quitterie au Mas d’Aire, dans les Landes, à Aubous ou Lescar, en Béarn, à Rodellar, en Sierra de Guarra, et jusqu’au Portugal.

LES ÉVADÉS DE FRANCE PAR LES PYRÉNÉES, 1940-1945, par Gérard de Clarens

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Août 1943, les membres du réseau Andalousie ont été installés dans un maquis au-dessus des granges de Chèze.
De g. à d. : Dr Cazeaux, M. Marty, M. Baget, G. de Clarens, M. Seguin, le garde forestier Lavigne, Dr Pere et son serviteur.

Gérard de Clarens qui fut résistant dans les Pyrénées et sait de quoi il parle revient sur les vrais chiffres des évadés qui franchirent les Pyrénées pendant l’occupation pour échapper à l’oppression nazie. Dans un texte fort bien documenté et illustré par des images d’archives peu connues, il propose un récit très précis de ce moment d’histoire où les Pyrénées constituaient une porte vers la liberté, fut-elle espagnole et franquiste.

BIBLIOGRAPHIE PYRÉNÉENNE : MISCELLANÉES, par Claude Dendaletche

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Portrait.
Crayon de J.F.A. Pernot, 1856.

Proposés dans sa chronique par Claude Dendaletche, des présentations variées concernant le « Voyage dans les Pyrénées » (J.F.A. Pernot 1856), un manuscrit de Charles Gaussen, un essai de bibliographie spéléologique, de J.-M. Mattlet, et des livres singuliers comme « Le jour du Vignemale » ou « Viaje a pie »…

NOS AUTEURS

Présentation, par Alain Bourneton du livre de Caire Dalzin : « 1902-1912, à travers le Haut-Aragon dans les pas de Lucien Briet » ; par Louis Laborde-Balen du « Dictionnaire de l’Ariège », d’Olivier de Marliave ; par Gérard Raynaud du DVD de Guy Fournié, intitulé « Les jumeaux du vertige » consacré à Jean et Pierre Ravier

CHRONIQUES, ensemble d’échos consacrés à l’actualité de la chaîne des Pyrénées , recueillis par Gérard Raynaud, Louis Laborde-Balen, Jean-Paul Chaintrier, Joseph Ribas, Jean Marchadier.







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